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Apparue sur Safari, le navigateur d’Apple, puis sur pratiquement tous les autres navigateurs, la navigation privée ou « mode incognito » semble être une option magique. Chaque navigateur a son nom : Incognito dans Chrome, Navigation privée dans Firefox et Safari, InPrivate dans Edge. L’idée de base est la même, mais pas tout à fait les protections : Firefox, Safari et Chrome ajoutent chacun leurs propres défenses contre le pistage.
Après que Edward Snowden nous a révélé les facilités de la NSA et de nombreux autres services de renseignement, nous avons presque tous eu l’impression d’être observés au microscope par des espions.
Enfin, nous avons appris que la plupart des sites commerciaux identifiaient leurs utilisateurs pour mieux en profiter lors de leur passages successifs.
Le bouton magique !
Même si l’on n’a rien à cacher, la tentation est forte de trouver l’application ou l’option magique qui permet de surfer anonymement. Vous avez entendu que le fils de la voisine de votre secrétaire l’a trouvé. Pour surfer à l’abri de la NSA, de la CIA, ou de la DGSE il suffit d’activer le mode « navigation privée » ou d’utiliser le raccourci clavier magique
- Dans Google Chrome ou Microsoft Edge: Ctrl+Maj+N
- Dans Firefox : Ctrl+Maj+P
- Dans Safari (sur Mac) : Cmd+Maj+N
Vous voici à l’abri de tout ce petit monde. Magique non ? Mais alors… Plus besoin d’Antivirus, d’anti-spyware, de pare-feu ?
Normalement, c’est à ce moment-là qu’une petite voix vient casser cette belle illusion. Cela était bien trop beau. La navigation privée n’est pas inutile. Cependant elle est loin de vous rendre invisible.
Qu’est-ce que ce mode Incognito ?
Les développeurs tentent de donner un sens à cette fonction en utilisant les mots « privée » et « incognito ». La tâche n’est pas simple car tout le monde n’a pas la même compréhension de ce qu’un ordinateur peut faire.
Le fait de dire qu’une navigation est privée donne l’impression qu’elle nous appartient. C’est comme notre domicile, où personne ne va voir ce que nous visitons.
Le mot incognito signifie cacher sa véritable identité. Le mode Incognito n’est que cela ; c’est un moyen de se cacher lorsque vous parcourez le Web. Le mode de navigation privée tel qu’il est réalisé dans Google Chrome sur Android masque essentiellement votre historique de navigation afin que les autres ne puissent pas voir les sites Web que vous avez visités. En effet, il masque vos empreintes sur le Web.
Le terme « incognito » a d’ailleurs valu un procès à Google aux États-Unis : des utilisateurs lui reprochaient de continuer à collecter leurs données pendant leur navigation privée. Pour y mettre fin, Google a accepté en 2024 de supprimer des milliards de données collectées en mode Incognito et de reformuler l’avertissement affiché à l’ouverture d’une fenêtre privée. La navigation privée masque essentiellement l’historique de navigation, mais elle ne vous rend pas invisible. Il est important de comprendre les limites de la navigation privée pour ne pas avoir une fausse impression de sécurité en ligne.
Que fait la navigation privée ?
Pour expliquer ce qu’est le mode « navigation privée » réfléchissez au rôle du navigateur. C’est un programme qui interprète les données reçues du réseau suivant les ordres que vous lui donnez (clics, adresses, recherches, …).
Afin de faciliter votre navigation il garde en mémoire les adresses des pages visitées, les cookies collectés lors de la visite des sites web. Ces cookies peuvent enregistrer le fait que vous êtes passé sur le site ou le fait que avez coché la case « se souvenir de moi » lors de votre dernière connexion à un site. Pour rendre les futures visites plus rapides, il garde aussi une bonne partie des images dans ses fichiers temporaires.
Les navigateurs permettent aussi de synchroniser vos données de navigation entre plusieurs appareils. C’est pratique aujourd’hui alors que l’on passe souvent d’un PC à un smartphone. Reprendre une navigation commencée sur un autre appareil est pratique. Mais les données de votre historique doivent bien quitter votre navigateur pour atterrir sur votre autre appareil.
Le rôle principal de la navigation privée est de limiter ce que votre navigateur garde sur votre appareil. Les navigateurs modernes, à condition d’être tenus à jour, bloquent aussi certains traqueurs et sites dangereux, parfois plus sévèrement en navigation privée, mais rien de tout cela ne vous rend anonyme.
Quelqu’un qui surveille votre connexion internet peut généralement voir à quels services vous vous connectez. Mais grâce au HTTPS (le cadenas dans la barre d’adresse), il ne peut normalement pas lire les pages que vous ouvrez, ce que vous tapez ni vos mots de passe. Un logiciel espion installé sur votre ordinateur, c’est une autre histoire : il peut voir tout ce que vous faites, navigation privée ou pas.
Il n’y a pas que les menaces criminelles auxquelles la navigation privée ne vous protège pas. Le proxy de votre entreprise, par lequel toutes les connexion internet passent, peut lui aussi enregistrer une bonne partie de votre activité en ligne, surtout sur un ordinateur de l’entreprise. Cela est possible en mode « navigation privée » ou pas.
Le monde de l’informatique et des réseaux internet n’est peut-être pas aussi clair pour tout le monde. Attardons-nous sur plusieurs exemples de cas dans lequel la navigation privée est utile et d’autre dans laquelle elle ne vous apporte rien de plus.
En quoi cela est-il utile ?
Sur base de ce que nous savons maintenant, quelle est réellement l’utilité du mode « navigation privée » ?
Il y a bien des raisons spécifiques pour cette fonction. Vous n’êtes peut-être pas entièrement protégé lorsque vous opter pour la navigation privée, mais vous êtes au moins à l’abri de certains embarras et du risque de nuire à votre famille proche et à vos amis.
1. Vous utilisez un ordinateur qui n’est pas le vôtre
Pour une raison ou pour une autre vous utiliser un ordinateur qui n’est pas le vôtre. Vous allez supprimer les cookies, l’historique et les fichiers temporaires ? D’une part cela prend du temps (si peu soit-il). D’autre part le propriétaire du PC n’appréciera peut-être pas de perdre ses cookies et son historique.
La navigation privée s’en charge : à la fin de la session, le navigateur efface l’historique, les cookies et les fichiers temporaires qu’il a créés. Fermez bien toutes les fenêtres privées, pas seulement celle que vous utilisiez, car elles partagent la même session. Les fichiers téléchargés et les favoris ajoutés resteront, eux, sur l’ordinateur. Et sur un ordinateur que vous ne contrôlez pas, la navigation privée ne vous protège pas d’un logiciel de surveillance ou d’un enregistreur de frappe.
2. Vous travaillez sur un site avec identification
Autre cas de figure, vous éditer des sites web, blogs, forums. C’est celui que je rencontre (forcément) le plus souvent. Je suis souvent connecté au blog. Pour vérifier que l’affichage reflète bien les dernières modifications effectuées, je passe par un onglet en « navigation privée ». Vu que le navigateur ne prend pas les cookies de ma session « classique », j’ai à peu près la même vue qu’un visiteur non connecté, sans pour autant m’être déconnecté. (À peu près, car l’affichage peut encore varier selon le pays, la langue ou le cache du site.)
3. Vous souhaitez rester discret
Vous avez quelque chose à cacher à une personne ayant accès à votre ordinateur ? Par exemple, vous consultez le site du Parti Socialiste le vendredi soir ? Mieux vaut ne pas oublier de supprimer vos traces. La « navigation privée » permet de le faire sans trop se soucier du reste. Vous fermez toutes les fenêtres privées et, hop, le navigateur a oublié la session. (Attention quand même aux fichiers téléchargés, qui restent sur l’ordinateur, et aux confirmations de commande qui arrivent dans une boîte mail partagée.)
En quoi la navigation privée n’est pas utile ?
Le hic, c’est que même dans le cas où la navigation privée est utile, elle peut avoir des failles.
1. Sur les sites de voyages
Vous avez sûrement entendu dire que les sites de voyage augmentent le prix quand on recherche le même vol ou le même train une 2e ou 3e fois, et que le mode « navigation privée » permet de paraître nouveau pour le site. Bonne astuce ?
Pas vraiment, car le problème lui-même tient largement de la légende. Les prix changent vite, selon la demande, le nombre de places restantes et la date de départ. Mais rien de convaincant ne montre que ce sont vos propres recherches répétées qui font grimper le prix. Skyscanner, par exemple, affirme que ni les recherches répétées ni les cookies n’influencent les prix affichés. Et dès 2014, une enquête de la CNIL et de la DGCCRF en France n’avait trouvé aucune trace de prix modifiés selon l’adresse IP ou les cookies.
Et même si un site voulait vous reconnaître, la navigation privée ne suffirait pas : il peut aussi s’appuyer sur votre compte si vous êtes connecté, sur votre adresse IP ou sur l’empreinte technique de votre navigateur.
Un VPN remplace l’adresse IP vue par les sites par celle du serveur VPN. Mais cette adresse n’est pas forcément différente à chaque connexion, et le site peut toujours vous reconnaître autrement. Pour trouver un bon prix, le plus efficace reste de comparer plusieurs sites, de créer des alertes de prix et de vérifier le prix total, bagages compris.
2. Sur les sites bloqués dans votre pays
Vous souhaitez regarder les derrière séries US sur Hulu ou vous êtes Belges et souhaiter regarder M6 Replay (devenu M6+ en 2024) ou Pluzz (devenu france.tv en 2017) ? La navigation privée de votre navigateur n’y changera rien. Elle ne change pas votre adresse IP, et c’est elle que les sites utilisent pour savoir où vous êtes.
Vous utilisez les services d’un fournisseur d’accès internet. Lui ne cache pas que vous utilisez ses services pour vous connecter. Les sites connaissent dès lors sans peine votre pays, et parfois votre région ou votre ville, mais pas toujours avec précision. La parade habituelle est un VPN, qui fait paraître votre connexion comme venant d’un autre pays.
Pourtant, cela ne fonctionne pas avec tous les sites de streaming. Certains ont trouvé une parade. Auvio, le site de streaming de la RTBF (télévision publique francophone belge) limite l’accès à ses services hors Belgique à des personnes ayant validé leur compte avec un numéro de GSM belge.
Netflix, de son côté, détecte de nombreux VPN et proxys. Dans ce cas, au lieu d’afficher le catalogue du pays du serveur VPN, il peut vous limiter aux titres disponibles dans le monde entier.
Bon à savoir : au sein de l’Union européenne, un abonnement payant à un service de streaming reste utilisable lors d’un séjour temporaire dans un autre pays membre, avec le catalogue de votre pays d’origine. Pas besoin de VPN pour cela.
Est-ce limité à mon navigateur ?
Non, et heureusement car nos tribulation sur le net ne se limitent pas aux navigateurs. Les applications des sites ou services collectent aussi des informations sur votre visionnage. Plusieurs applications de Google comme YouTube ou Google Maps permettent d’utiliser leur services avec un mode incognito qui fonctionne sur un principe proche : vos recherches et vos vidéos ne sont pas ajoutées à l’historique de votre compte. Cela ne veut pas dire que Google ne reçoit aucune donnée.
Cela m’amène à vous demander quelle serait dès lors votre utilisation de la « navigation privée » ? Est-il toujours si intéressant ce bouton magique ?





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