Proton Mail et Gmail : une bonne idée à moitié ratée

Vous pouvez désormais connecter votre compte Gmail à Proton Mail afin de recevoir et d’envoyer des e-mails depuis cette adresse, directement dans l’interface de Proton Mail.

L’idée est tentante et j’attendais cette fonctionnalité depuis son annonce, fin mai.

En résumé

  • Proton Mail permet désormais de recevoir et envoyer depuis une adresse Gmail directement dans son interface.
  • Les actions effectuées dans Proton (suppression, archivage) ne sont pas répercutées dans Gmail.
  • Résultat : deux boîtes qui divergent, un stockage Gmail qui se remplit, et une double gestion inévitable.

Mon compte Gmail date des tout débuts de Gmail, à une époque aujourd’hui lointaine où il fallait disposer d’une invitation pour pouvoir créer un compte. C’est sur cette adresse que j’ai reçu pendant des années mes messages personnels et professionnels. Elle est connue de nombreux contacts, entreprises et institutions.

Au fil des changements de fournisseurs, j’ai progressivement migré mes communications vers des adresses gérées par Proton, qu’il s’agisse d’une adresse Proton Mail, d’un alias SimpleLogin ou encore d’une adresse associée à un nom de domaine que je contrôle. Pourtant, de nombreux contacts continuent à utiliser mon ancienne adresse Gmail. Les habitudes ont la vie dure et il n’existe évidemment aucun moyen de mettre à jour automatiquement l’adresse enregistrée dans le carnet de contacts de ses proches.

Voilà pourquoi l’idée de Proton d’agir comme un client Gmail me semblait si intéressante. L’objectif est simple : recevoir les messages Gmail dans Proton Mail puis répondre depuis une adresse Proton. Avec le temps, la majorité des correspondants finissent par adopter la nouvelle adresse. Les irréductibles existeront toujours, mais cela permet de couvrir 99 % des cas.

Que nous propose donc Proton ?

Dans l’interface de gestion des comptes externes, un nouveau bouton « Compte Gmail » est apparu. Cette fonction permet de connecter un compte Gmail à sa boîte Proton : un compte avec l’offre gratuite, jusqu’à trois avec un abonnement payant.

La procédure va même plus loin puisqu’elle importe aussi vos messages Gmail récents, avec les libellés associés. Jusqu’ici, c’est un sans-faute. L’implémentation est propre et correspond exactement à ce que j’attendais. Et si je dis « jusqu’ici », c’est parce qu’il y a un problème dans cette magnifique idée.

Regardons de plus près ce que nous promet Proton :

  • Répondez à vos e-mails avec votre adresse Gmail sans changer d’application.
  • Les messages Gmail existants et les nouveaux messages reçus apparaissent dans Proton Mail.
  • Les e-mails échangés entre des comptes Gmail connectés à Proton Mail sont chiffrés de bout en bout. Google ne peut pas les lire.
  • Les actions effectuées dans Proton Mail (archivage, suppression, dossiers) ne sont pas répercutées dans Gmail.
  • Les messages entrants provenant de Gmail sont débarrassés des traqueurs et des publicités.

Vous pouvez déconnecter votre compte Gmail à tout moment.

Honnêtement, cette nouvelle fonctionnalité remplit pratiquement tous mes souhaits.

Comment connecter Gmail à Proton Mail ?

La connexion passe par Easy Switch, l’outil de migration intégré à Proton Mail. Voici les étapes du guide officiel de Proton, valables pour un compte Gmail personnel (les comptes Google Workspace et les adresses Gmail sur un nom de domaine personnalisé ne sont pas pris en charge) :

  1. Ouvrez les paramètres de Proton Mail, puis Importer via Easy Switch, et sélectionnez Google.
  2. Cliquez sur Se connecter à Gmail pour lancer l’autorisation de Google. Une case, cochée par défaut, permet de renoncer à l’importation de vos e-mails.
  3. Accordez tous les accès demandés (Tout sélectionner, puis Continuer), sinon la configuration échouera plus tard.
  4. L’importation démarre automatiquement et la connexion est active.

Deux réglages sont à connaître. Par défaut, Easy Switch importe vos messages les plus récents, dans la limite de 80 % de l’espace de stockage Proton disponible. Pour tout récupérer, il faut passer par Plus d’options d’importation une fois la première importation terminée. À l’inverse, si vous préférez démarrer avec une boîte vide, vous pouvez annuler l’importation ensuite : les messages importés sont supprimés de Proton, mais la connexion reste active.

Quel est le problème avec le client Gmail de Proton ?

Pouvoir répondre depuis son adresse Gmail sans changer d’application, retrouver ses anciens messages dans Proton Mail, bénéficier du chiffrement entre utilisateurs Proton et Gmail connectés, supprimer les traqueurs publicitaires ou encore pouvoir déconnecter son compte à tout moment : sur les six promesses mises en avant par Proton, cinq me semblent excellentes.

Malheureusement, la sixième change complètement la donne :

Les actions effectuées dans Proton Mail ne sont pas répercutées dans Gmail.

Et c’est précisément ce point qui, à mes yeux, gâche une grande partie de l’intérêt de la fonctionnalité. Archiver, classer ou supprimer un message dans Proton Mail sans que Gmail en soit informé crée rapidement deux réalités différentes pour une même boîte aux lettres.

En pratique, cela signifie qu’il faut continuer à surveiller l’état de la boîte Gmail d’origine. Un message supprimé dans Proton Mail reste présent dans Gmail. Un message archivé dans Proton Mail continue d’occuper de l’espace de stockage chez Google. À terme, les deux boîtes divergent et il devient difficile de savoir laquelle reflète réellement la situation.

On pourrait me répondre que cela n’a aucune importance si l’on n’utilise plus Gmail. Pourtant, pour beaucoup d’utilisateurs de Proton Mail, Gmail n’est plus qu’une adresse de transition. Ils ne paient pas Google One, n’utilisent pas forcément Gemini et ne souhaitent pas gérer deux boîtes aux lettres en parallèle.

Autre point à garder en tête : tout ce qui arrive dans votre boîte Gmail reste sur les serveurs de Google, qui peut toujours le lire et l’analyser. Proton le reconnaît d’ailleurs lui-même. Connecter Gmail à Proton Mail est un moyen confortable de faire la transition, pas de rendre Gmail confidentiel.

Un choix de confidentialité

Cette limitation n’est pas un oubli. D’après le guide de dépannage de Proton, une connexion Gmail ne synchronise ni l’état des messages (lu, non lu, favori) ni les changements de dossiers, afin de limiter ce que Google peut apprendre de votre usage de la messagerie. La logique est simple : répercuter vos actions dans Gmail reviendrait à montrer à Google ce que vous faites de vos messages.

Je comprends ce raisonnement, il est cohérent avec ce que défend Proton. Mon reproche est ailleurs : j’aurais souhaité faire ce choix en toute connaissance de cause. Deux solutions me sembleraient acceptables :

  • une option, à activer ou non lors de la connexion, qui explique clairement ce que l’on gagne en confidentialité et ce que l’on perd en confort ;
  • ou, à défaut, la suppression automatique du message dans Gmail dès qu’il est importé dans Proton.

En résolvant un problème, on en crée un autre

Un jour, votre espace de stockage va déborder, les e-mails seront refusés et vos contacts recevront des messages d’erreur. En général, on essaye d’éviter ce genre de situation. Pour cela, il faudra faire une double suppression pour tous les e-mails qui ne méritent pas d’être gardés. Impossible donc d’ignorer complètement l’état de la boîte Gmail, même si Proton Mail est devenu votre interface principale.

Pour être clair, cet article n’est pas une critique ouverte contre Proton Mail.

J’utilise les services de Proton depuis des années, de Proton Mail à Proton Drive, et j’en ai souvent parlé de manière positive sur ce blog. Si cette nouvelle fonctionnalité m’a autant déçu, c’est précisément parce qu’elle répond à un besoin réel que je rencontre depuis longtemps.

L’idée est excellente. L’interface est réussie. L’importation des messages et des libellés fonctionne bien. Mais le manque de gestion du contenu sur Gmail pose un problème.

J’espère sincèrement que Proton fera évoluer cette intégration dans les prochains mois car c’est une fonction que j’espérais depuis longtemps. Ce qui en dit long sur ma déception.

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